Vive la crise économique et financière !
Au moment où la plupart des grandes entreprises bancaires et d’assurances (Lehman Brothers, AIG et autres) ainsi que les entreprises industrielles rencontrent des difficultés tous secteurs confondus (Microsoft, Sony, Peugeot, Mercedes, Renault et autres), il peut apparaitre provoquant de célébrer la crise économique comme une victoire.
Célébrons cette crise économique non seulement comme une victoire mais essentiellement comme un accident du cycle économique pour les raisons suivantes. La crise économique a été toujours pensée comme un moment délicat et de ralentissement du cycle économique. Plusieurs économistes, comme Schumpeter ou comme Keynes, ont vu dans la crise économique un élément fondamental pour le renouveau du cycle économique. Pour Schumpeter la crise économique est consubstantielle au système capitaliste car elle est la clé qui permet la destruction créatrice, c'est-à-dire la disparition d’entreprises incompétentes et l’émergence d’autres plus innovantes. Le concept de destruction créatrice doit nous permettre d’expliquer la disparition du modèle économique actuel et son remplacement par un modèle économique nouveau qui favorisera lui-même un modèle de développement, si ce n’est le contraire. Pour Keynes la crise économique a pour conséquence le sous-emploi, c'est-à-dire le chômage. Tous les jours nous constatons que des auteurs oubliés comme Keynes sont convoqués pour expliquer l’intervention de l’Etat qui doit voler au secours des banques et des entreprises en adoptant des techniques de prêt ou en mettant en place des programmes de relance économique et d’intervention tous azimuts (automobile, presse, etc.) La crise est intéressante et doit être célébrée car elle permet de faire référence à des auteurs comme Karl Marx dont la lecture politique et idéologique avait fait oublier pendant un moment l’analyse économique et historique du système capitaliste. L’analyse marxienne de la baisse tendancielle du taux de profit entrainant la crise du système capitaliste trouve un écho important dans la critique actuelle du système capitaliste. Faut-il réformer le système capitaliste en le régulant alors que jusque là la plupart des pays occidentaux avait volontairement privilégié le marché en rejetant les interventions de l’Etat. A la différence des autres pays occidentaux qui ont poussé à l’extrême le rejet de l’Etat (aux Etats-Unis et en Grande Bretagne et encore que…), la France fidèle à son image colbertiste de gauche comme de droite, malgré les interventions pour un Etat minimaliste surtout à droite, a toujours eu recours aux interventions de l’Etat dans tous les domaines d’activité. Face à la crise actuelle que vit le monde occidental, le New York Time, magazine célèbre, vante les mérites du capitalisme à la française mâtiné d’interventionnisme étatique. Il faut célébrer la crise économique pour préparer l’avenir à la fois dans les nouveaux modèles de développement économiques qui vont surgir dans le monde capitaliste et dans l’utilisation des nouveaux outils d’analyse théorique et empirique. Le Tiers-Monde et principalement les pays en voie de développement (Afrique …) doivent saisir cette chance pour mieux penser par eux-mêmes les notions nouvelles de croissance et de développement, sachant que la crise économico-financière actuelle vient de démontrer la faillite de la pensée venue d’ailleurs. Il ne s’agit nullement pour les pays en voie de développement de se couper du reste du monde, mais de célébrer avec celui-ci la crise économique et financière en prenant conscience des nouveaux modèles économiques et de développement qui se mettent en place.
Célébrons donc la crise économique et financière pour le renouveau de la pensée économique et pour la mise en œuvre des actes intégrant humilité, analyse et résolution des problèmes du monde que sont la faim, la trop grande dépendance énergétique vis-à-vis des énergies fossiles et le déséquilibre dans la création et la distribution mondiale des richesses. Célébrons donc la crise pour un monde nouveau, celui de demain plus interdépendant et plus axé sur la responsabilité de chacun.