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Le Prix Nobel d’économie est en deuil avec la mort du Professeur Maurice Allais :

Vive le Prix Nobel d’économie avec la consécration des Américains Peter Diamond, Dale Mortensen et du Britannique Christopher Pissarides

 

 

L’étudiant que j’étais du Séminaire d’Analyse monétaire entre 70 et 85 à l’Université de Paris X Nanterre animé par le Professeur Maurice Allais, est triste. Doublement triste car, depuis, l’analyse économique monétaire française n’a pas trouvé de maitre digne de ce nom.

 

Le Professeur Allais peut être fier car il a eu comme étudiant Gérard Debreu français et devenu Prix Nobel d’économie américain qui a du s’exiler aux Etats Unis pour réaliser la carrière qui est la sienne. L’économie mathématique introduite par Gérard Debreu en France n’était pas comprise par les pontes de l’Université française largement axée vers les considérations psychologiques en analyse économique. Ne soyons pas trop triste car le maitre nous a laissé des pages documentées de l’analyse économique sur de nombreux thèmes comme la théorie du capital, les processus inter temporels mettant en évidence les modèles à générations imbriquées, le concept de règle d’or de la croissance dans lequel il démontre que, lorsque le taux d’intérêt est égal au taux de croissance, la consommation est maximisée. Il nous laisse en héritage le paradoxe d’Allais dans lequel il démontre que le coût dépend de la décision que l’on prend pour une action et non pas de l’action elle-même.

 

Libéral social, il a milité aux côtés des économistes libéraux comme Friedrich Hayek et Ludwig Von Mises, et, paradoxalement, Hayek était contre la possession illimitée des biens privés dont la terre. Maurice Allais a écrit un ouvrage sur la mondialisation dans lequel il conteste les effets bénéfiques de la mondialisation pour tous les pays. Il n’est pas protectionniste, mais un éveilleur de conscience qui disait tout et qui agaçait par cette intelligence, car il disait tout ce qu’il pensait : la mondialisation pouvait être un destructeur d’emplois.

 

Il a laissé à l’analyse économique des travaux sur la théorie des marchés et sur l’efficience des ressources, travaux dont profitent aujourd’hui Christopher Pissarides, Peter Diamond et Dale Mortensen. Leurs travaux sur le marché de l’emploi et surtout sur une branche de celle-ci, le chômage de recherche, essaient de mettre en évidence comment la théorie du marché qui fonctionne naturellement selon la loi de l’offre et la demande en théorie, devient incapable dans la réalité à rendre compte, dans le domaine de l’emploi, de l’ajustement entre l’offre et la demande d’emploi.

 

Les prix Nobel actuels établissent un constat ancien/nouveau : plus les allocations de chômage sont importantes, plus les taux de chômage sont élevés, attaquant ainsi la régulation et la politique économique des pouvoirs publics sur le marché du travail. Sans remettre en cause les conclusions analytiques et les hypothèses des nombreux travaux de Diamond, Pissarides et Mortensen qui travaillent depuis fort longtemps sur les problématiques d’ajustement des marchés, force est de constater qu’ils reprennent de manière ancienne l’analyse libérale qui fait du refus de l’intervention de l’Etat dans l’économie un credo majeur, car pour les économistes libéraux, l’intervention des pouvoirs publics sur les marchés des biens et services, et du travail, favorise et accentue les déséquilibres macro économiques. La filiation avec les travaux de Milton Friedmann et d’Edmund Phelps est nette.

 

La nouveauté des travaux des Nobel est qu’ils améliorent la compréhension de la branche de l’économie dite de recherche et des comportements des acteurs des marchés de recherche. Ces trois prix Nobel ont étudié  beaucoup de domaines de l’économie dont celui de la monnaie, de l’immobilier et celui plus inattendu de la santé. Leur analyse de l’emploi est centrale et contribue à montrer ce que les gouvernements libéraux savaient déjà : augmenter les allocations de chômage c’est ouvrir la voie à un taux de chômage élevé qui le devient encore plus la durée de recherche est longue, justifiant ainsi la théorie du chômage volontaire et donc de la fainéantise voulue des salariés : cette approche a fait l’objet de nombreuses oppositions théoriques.

 

Les solutions à ces problématiques du chômage sont complexes, mais une des réponses se trouve dans la théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie développée par Keynes en 1936 : si le taux de chômage est élevé, il s’agit d’un chômage involontaire dont sont victimes les salariés qui ne trouvent pas d’emploi en raison des embauches non réalisées par les entreprises.

 

En actualisant la pensée de Keynes, on peut montrer que la préférence pour la finance, les placements financiers et les délocalisations des entrepreneurs, impacte la durée longue du chômage de recherche. Pour des raisons de cohésion sociale et de bien être collectif, les Etats sont obligés d’intervenir en donnant des allocations aux chômeurs. La seule question qui reste valide est le contrôle que les pouvoirs publics doivent opérer dans l’octroi des allocations chômage et dans les incitations « coercitives » en direction des entreprises pour l’embauche des salariés.

 

Voilà un sujet de débat que les pouvoirs publics doivent prendre en compte au moment où la France va assumer la présidence du G20 à partir du mois de novembre.

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