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Article de Pépin Boulou (Pointe Noire, Congo-Brazzaville)  www.maux-en-mots.com

Remerciements du comité de rédaction de DEDIP 

 

 

La mondialisation dans tous ses états 

« La mondialisation ne sera une réussite que si elle l’est pour les pauvres comme pour les riches. Elle ne doit pas offrir moins de droits que de richesses. Elle ne doit pas moins apporter la justice sociale et l’essor de la communication ». KOFFI Annan (7è Secrétaire Général de l’O.N U de 1996 à 2006)

Mondialisation est un mot polysémique qui, non seulement, inonde actuellement les medias, mais alimente sans cesse le conversation quotidiennement partout sur les cinq continents. Le phénomène qui porte le nom de mondialisation, s’avère à présent l’un des faits majeurs de l’évolution du monde contemporain ; un monde qu’il a profondément modifier à tel point qu’on parle à juste titre, de système monde ou encore de village planétaire. Que veut dire exactement ce néologisme récent ? Comment e phénomène a-t-il évoluer ? Comment se manifeste t’il ? Quels sont les effets induits par ce phénomène ? Qu’est ce qui empêche la mondialisation de tourner en rond ? 

C’est à cette série de question que nous allons tenter de répondre dans les lignes qui vont suivre…

 

UN PHENOMENE DIFFICILE A DEFINIR

 

De toute évidence, il n’existe pas de définition de la mondialisation qui soit admise pour tous.Toutes les définitions existantes sont souvent incomplète ou discutable .Ce qui dénote la réalité complexe qui se cache derrière ce mot.

Voici trois définitions acceptables glanées à dessein dans des documents variés.

Selon la revue Réveillez vous (1) appartenant aux témoins de Jeohovah, le terme mondialisation désigne l’interdépendance croissante des humains et des pays.

Cette première définition est juste mais trop laconique  voire lapidaire. D’après cette définition,la mondialisation n’est que l’augmentation de la dépendance réciproque  de 6 milliards et plus d’être humains qui peuplent la planète et qui se retrouvent disséminés sur les 200 Etat et territoires.

Dans un rapport intitulé, Les perspectives de l’économie mondiale publique en mai 1997 à  Washington, le fonds Monétaire International (F.M.I) propose cette longue  définition : La mondialisation est l’indépendance économique croissante de l’ensemble des pays du monde, provoqué par l’augmentation du volume et de la variété des transactions transfrontières des biens et des services, ainsi que par la diffusion accélérée et généralisée de la technologie.

Cette deuxième définition est intéressante du fait qu’elle rejoint la première et va plus loin. Car ,elle évoque d’abord l’augmentation des échanges économiques de tous les pays,précise enfin les divers éléments échangés à savoir biens,services,capitaux et technologie. Cependant, cette définition détaillée ne manque pas de griefs. Elle semble présente, en filigrane la mondialisation comme un phénomène béatifique et inéluctable pour l’humanité. Vraisemblablement, elle tente de masquer le caractère controversé et conflictuel de phénomène de la mondialisation.

Dans un manuel de géographie de classe de seconde (2), paru en 2001 aux éditions Fernand Nathan, on peut découvrir la définition suivante : la mondialisation est la diffusion rapide à l’ensemble  de la planète des produits, des capitaux, de l’information, des modèles culturels, des genres de vie des pays occidentaux  d’Amérique  du Nord, d’Europe et du Japon.

Le terme est déplorer l’influence excessive des Etats-Unis d’Amérique.

Cette dernière définition épouse les précédentes  mais s’avère tendancieuse de fait qu’elle a une connotation idéologique du bien marquée. Qu’a cela ne tienne, cette définition présente  trois qualités indéniables.

D’abord, elle mentionne ensuite les centres d’impulsion de la mondialisation ; autrement dit les Etats qui contrôle et régentent les échangent dans le cadre de la mondialisation, et qui finalement en profitent le plus. Enfin, cette dernière définition met l’accent sur l’aspect culturel de la mondialisation. Ce qui suppose que la mondialisation n’est pas seulement un phénomène strictement économique ; mais un phénomène qui a des origines et des retombées culturelles non négligeables.

A l’issue de l’analyse critique de ces trois définitions, de façon satisfaisante, on peut s’hasarder à définir ainsi la mondialisation : La mondialisation est l’essor prodigieux, sur l’espace mondial pourtant cloisonné de nombreuse frontières, des échanges massifs et ininterrompus de bien, de services, des informations, mais aussi des hommes qui agissent en tant que producteurs, consommateurs et voyageurs, au gré de leurs intérêts  particulier.

Cette définition n’est pas irréprochable, certes ; elle présente l’avantage d’être explicite, presque neutre consensuelle.

 

LES ETAPES DE LA MONDIALISATION

 

Si le vocable mondialisation date à peine de la seconde moitié du 20e siècle, le phénomène de la mondialisation, en tant que tel, n’est ni récent, ni spontané. C’est un long  processus historique qui débute dès l’antiquité avec la genèse et le développement de vastes Etat comme l’emprise Romain (qui s’étendait de l’Ecosse à la Mésopotamie en passant par l’Egypte) et l’empire Grec du conquérant Alexandre LE GRAND (qui s’étendait des Balkans en Inde). Ces vastes emprises chevauchaient plusieurs espaces culturels et mettaient déjà en contact des peuples très lointains et isolés.

Au Moyen –âge (de 5e au 15e s, la mondialisation se poursuit avec les échanges commerciaux dans l’Ancien Monde, en particulier en Europe. A cette époque, le volume des produits échangés était insignifiant. Aujourd’hui, on estime que 99% étaient consommés dans les environs immédiats du lieu de production .Par conséquent, seulement 1% de la production allait au-delà de 25 km !

De la découverte de l’Amérique au 15e siècle jusqu’au 18e siècle, on assiste à la naissance des échanges intercontinentaux importants à travers l’Océan Atlantique.

Ce qui va engendrer l’intégration progressive de l’Amérique, l’Afrique et l’Asie à l économie mondial dominée par les Européens, en particulier par les puissances ibériques.

A partir de 18e siècle, la poursuite du célèbre trafic triangulaire ainsi que le développement de l’activité industrielle vont assurer l’intensification de la mondialisation.Et au 19e siècle, la mondialisation va prendre une tout autre dimension avec la conquête des territoire d’Outre Mer par les Européens d’où l’apparition des compagnies coloniales, ancêtres des firmes multinationales actuelles.

A ce niveau de cette évocation historique, quelques remarques nécessaires s’imposent.

De l’antiquité  au 19e siècle, de la mondialisation était suffisamment avancé, certes, mais la mondialisation était pas encore effective. Elle n’était qu’à sa première phase appelée  INTERNATIONALISATION. Par ce mot, il faut entendre l’ouverture considérable des économies nationales sur l’extérieur, accompagnée de protection douanière et de régulation opérées à dessein par les gouvernements. Ainsi l’internationalisation  était donc caractérisée par un dirigisme économique partiel, matérialisé par un protectionnisme presque de rigueur.

Ceci  étant, la vraie mondialisation ne commence effectivement qu’après  le 19e siècle.

En effet, le 20e siècle est considéré à juste titre comme le siècle de la mondialisation véritable, notamment avec les effets multiformes de deux guerres mondiales séparées par la grande crise économique des années 1930.

A cette époque, Paul Valéry  avait donc raison d’affirmer que «  le temps du monde fini commence…une solidarité nouvelle  et instantanée, entre les régions et les événements, est la conséquence déjà sensible de ce grand fait ».

La mondialisation, à proprement parler, se manifeste surtout après la seconde guerre mondiale par la réalisation concomitante de trois faits spectaculaires.

Le premier fait, c’est le triomphe planétaire des firmes multinationales (actives  principales de la mondialisation de l’économie, suivies de très loin par les organisations économiques régionales et les Etats.)

Le deuxième fait, c’est la planétarisation de la production  (autrement dit, l’augmentation phénoménale des échanges de tout les facteurs de production d’où une intense délocalisation industrielle).

Enfin, le dernier fait, c’est la planétarisation des finances  (apparition des réseaux bancaires transnationaux d’où une circulation rapide des capitaux sur toute l’étendue de la terre favorisant un financement rapide).

Cette mondialisation véritable au effective de l’économie après 1945 a été rendue possible grâce à deux facteurs décisifs.

Le premier facteur, ce sont des progrès technique stupéfiants ayant entraîné à la foie la révolution des transports et la révolution des télécommunications.

Cette dernière révolution le développement remarquable de la publicité, véritable levure du commerce mondial.

Le second facteur est, sans conteste, la politique d’ouverture systématique des marchés nationaux.

Cette politique a eu pour effet majeur la libéralisation des & changes commerciaux qui s’est manifestée concrètement par l’éclosion de plusieurs organisations économiques régionales. (4)

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A partir des années 1980, la mondialisation passe à un autre stade et prend aussitôt le nom  de globalisation.

Apparu dans les grandes écoles de commerce et de gestion des Etats-Unis d’Amérique, ce terme  n’a pas trouvé d’équivalent dans la langue française.

Voilà  pourquoi, on se contente de le traduire par le terme vague et ambigu de mondialisation.

En fait, la globalisation, ultime étape de la mondialisation à nos jours, désigne la multiplication des firmes multinationales qui ont une vision mondiale des affaires.

En clair, ces entreprises considèrent la terre comme un seul  de production et un marché unique.

La globalisation résulte de la conjonction des cinq facteurs suivants : des prouesses technologiques de l’industrie de pointe(télécommunication surtout), la chute progressive  des barrières douanières ayant entraîné l’unification des marchés nationaux sur les cinq continents, l’intégration des principaux  marchés financière, la démocratisation croissante des voyages internationaux et même intercontinentaux, et enfin la disparition des blocs antagonistes de l’époque de la guerre froide( notamment la disparition du COMECON).

 

LES CONSEQUENCES DE LA  MONDIALISATION

 

Les conséquences de la mondialisation sont non seulement inchiffrables et multiformes, mais aussi positives et négatives à la fois. Quoiqu’il en soit, les principales  retombées sont les suivantes :

1- Interdépendance quasi-totale de toutes les économies nationales d’où l’établissement d’un système monde qui se manifeste par des délocalisations de la production industrielle, des échanges internationaux des biens, des services, des transferts de technologie, de capitaux ainsi que la main d’oeuvre.

2- Instauration d’une division internationale du travail favorable aux pays riches, en particulier aux Etat membre de cet oligopole mondial baptisé la Triade (5)

3- Exacerbation des rivalités de toute natures d’où  la consécration d’une véritable loi de la jungle sur la terre, en particulier dans le concert des nations. A  ce sujet, il est intéressant de retenir cet aphorisme pertinent de Helmut Moucher, patron de Nestlé : Qu’on soit un individu, une entreprise ou un pays, l’important pour survivre dans ce monde, c’est d’être plus compétitif que son voisin. (6)

4- Réduction du problème douanier et recul du protectionnisme grâce à la création des marchés commun régionaux jouant le rôle d’intermediare entre les marchés nationaux et le marché mondial.

5- Spirale infernale de la dette (7) des Etats en particulier des Etats du tiers monde.

6- Perte  graduelle de la souveraineté des Etats d’où démantèlement de Etat-Providence et en même  temps instrumentalisation de la démocratie. « la loi du marché, a dit quelqu’un, dicte sa loi aux élus et aux gouvernements »

7- Banalisation des Programmes d’Ajustement structurel (P.A.S) que d’aucuns considèrent comme des « potions magiques amères » administrées aux populations par les institutions de Bretton Woods.

8- Elargissement du fossé entre les pays riches et les pays pauvres ainsi que du gouffre qui sépare les nantis et les démunis dans tous les pays. « L’actif net des 200 personnes les plus riches dépasse le revenu cumulé de 40% de la population mondiale soit 2,4 milliards d’êtres humains », constate avec amertume la venue « Réveillez-vous » des Témoins de Jéhovah.

9- Irruption des « multinationales du crime », autrement dit des gangs organisés qui exercent les trafics des devises, des drogues, des enfants et des esclaves sexuels. Chaque année, un demi-million de filles et de femmes est déporté en Europe de l’Ouest.

10- Apparition de puissantes Organisations Non Gouvernementales (ONG) Internationales, comme Amnestry International, Green Peace, Human Rights Watch, Fidh, Global Witnees Reporters sans Frontière, Médecins Sans Frontière, Croix Rouge, etc.

11- Important brassage des populations sur la planète liées aux migrations Internationales d’où épanouissement et intégration accélérée.

12- Essor de la maritimisation (néologisme qui désigne la concentration grandissante des hommes, des infrastructures et des activités sur les littoraux) à l’époque contemporaine). En effet, depuis quatre décennies, on assiste à une concentration des plus en plus grande des activités et des hommes sur les littoraux. Ce processus encore appelé « littoralisation » et parfois « haliotropisme », ne va pas sans poser des effets négatifs sur ces milieux naturels très fragiles. Aujourd’hui, on estime à 4 milliards (soit plus de 60%) le nombre d’habitants de la planète installés à moins de 60 km de la mer. Ainsi, en raison de la nécessité ininterrompue des échanges des biens, des services et des facteurs de production, les espaces littoraux s’érigent irréversiblement au centre de la mondialisation de l’économie.

13- Dégradation rapide de l’environnement. Car l’atmosphère, l’hydrosphère, la biosphère, la pédosphère et la lithosphère subissent les effets dévastateurs d’une production économique démesurée parfois déréglée et sans cesse intensifiée

14- Impérialisme culturel américain par médias audiovisuels interposés.

 

LES OBSTACLES A LA MONDIALISATION

 

La mondialisation de l’économie est limitée par les obstacles suivants : variation inattendue des cours du pétrole sur le marché international, fluctuations intempestives des taux de change (source de dévaluation), les embargos, les trocs, les contingentements, les dumpings, l’hégémonie des superpuissances (qui exercent la loi du plus fort mors des négociations multilatérales), la marginalisation et le surendettement du tiers-monde, les résistances à l’intégration de certaines pays (Birmanie, Albanie, Afghanistan, Iran, etc.) dans le sysème-monde, altération cruelle et peut-être irréversible de l’environnement.

 

Conclusion

 

La mondialisation, accroissement et diffusion des échanges sur la terre, s’avère sans doute « l’évènement économique majeur de l’époque contemporaine », comme le relève si bien Martin Wolf. Loin d’être un phénomène nouveau et spontané, la mondialisation est, en fait, un processus économique séculaire qui s’est déroulé en trois phases bien distinctes : internationalisation (ou ouverture des pays au commerce international régulé par l’Etat) de l’antiquité au 19e siècle ; mondialisation stricto sensu (ou accroissement et accélération des échanges des biens, des services ainsi que des facteurs de production sur toute la Terre) de 1900 à 1980 environ ;et enfin globalisation (ou prise en main graduelle de l’espace mondial par les firmes multi-nationales désirant, à long terme, produire et vendre partout sans la moindre entrave étatique). De 1980 à nos jours. Favorisée par les progrès technologiques et déclenchée par la libération, la mondialisation n’est pas la panacée tant attendue pour solutionner les problèmes de l’humanité. Elle suscite tout à la fois des espoirs et des craintes tout en présentant aussi bien des avantages que des inconvénients. S’appuyant sur les règles de l’ultra-libéralisme, la mondialisation a vraisemblablement produit plus de perdants que de gagnants. En même temps elle a aggravé les intégralités entre les individus et entre les nations. En outre, elle tente de réduire la gestion démocratique des Etats par les pouvoirs publics tout en favorisant une agression sauvage de l’environnement.

Quoiqu’il en soit, il n’est pas aisé pour un pays quelconque, de vivre en marge de cette tentaculaire mon diolisation.

 

PEPIN BOULOU

 

NOTES

1- Lire « La Mondialisation : fléau ou remède ? in  la revue »  Réveillez-vous du 22 mars 2002

2- Géographie Seconde «  les hommes occupent et aménagent l’espace », sous la direction de Jean Louis Mathieu, édition Fernand Nathan, Paris 2001, page 68

3- Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, ouvrage paru 1931.

4- Les organisations économiques régionales les plus importantes sont les suivantes : Union Européenne (U.E), Association de libre-Echange Nord Américain (ALENA), Association des Nations du Sud-Est Asiotique (ASEAN), Marché commun Sud-Américain (MERCOSUR), communauté pour le développement de l’Afrique Australe (SADC). A cela, il faut ajouter des organisations inter-gouvernementales comme l’organisation Mondiale du Commerce (O.M.C), l’organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (A.C.CP)

5- La Triode est un terme consacré pour désigner les trois régions qui constituent les pôles économiques majeurs de la planète à savoir Amérique du Nord, Europe de l’Ouest et Japon.

6- Ce bel aphorisme a été cité par Ignacia Ramonet dans un article intitulé « une logique d’oppression » panne dans la revue Manière de voir N°32 « scénario de la mondialisation » publié par le mensuel le Monde diplomatique en Novembre 1996.

7- Cette expression est d’Eric TOUSSAINT, animateur du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (en abrégé CADTM). Selon lui, la dette du Tiers-Monde en 1997, s’élevait à 1950 Milliards de dollars et que le Tiers-Monde  rembourse chaque année 200 Milliards de dollars. Alors que l’ensemble de toutes les aides publiques au développement est inférieur à 45 Milliards par an. Lire ATTAC « Contre la dictature des marchés », la Dispute, l’Editions Syllapse, Paris 1999, page 81.

8- Martin Wolf est chroniqueur au Financial Time de Londres. Il a participé à la série d’articles intitulé « La Mondialisation est-elle irréversible ? », publié dans le Monde Diplomatique N° 519 de juin 1997.

          ©      PEPIN BOULOU Avril 2007

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